Convulsions

Samedi après-midi j’ai eu droit à un truc nouveau : la crise convulsive. C’est Noey et Maxime qui m’ont trouvé à terre, les membres pris de contractions saccadées et la salive dégoulinant de la bouche. La crise a duré près de deux minutes.

Au moins je ne me suis pas blessé en tombant.

Je me suis réveillé quelques minutes plus tard dans mon lit, complètement désorienté et avec une grosse envie de vomir. Je n’ai aucun souvenir de ce qui s’est passé. Ne sachant pas quoi faire, j’ai appelé le cabinet médical. 15 minutes plus tard j’étais sur un lit d’hôpital au service des urgences.

Aux urgences

Le positif : nous avons un bon système médical et un service de transports d’urgence efficace, surtout si l’on considère que c’était un samedi soir. Toute le monde a été très sympa et très professionnel : je salue les pompiers, les ambulanciers, les infirmières, aides-soignants et médecins. Le service est top et je ne me retrouverai pas sur la paille à cause de la facture de 0$. Et puis quand j’y pense, si la crise avait eu lieu un quart d’heure plus tôt, j’aurais été au volant. Je n’ose pas imaginer ce qui aurait pu se passer…

Je n’ai plus le droit de conduire

Le neutre : d’après le médecin c’est un truc qui peut arriver à tout le monde au moins une fois dans sa vie (rassurant, non?). Composition sanguine normale (taux légèrement élevé de lymphocytes, mais il s’y attendait), électro-cardiogramme normal, et le scanner n’a rien révélé. Donc a priori je n’ai pas une grosse lésion ou excroissance dans le cerveau.

Le négatif : je n’ai plus le droit de conduire. Un peu gênant au royaume de la voiture. J’ai rendez-vous chez le neurologue en mai, pour examiner l’épreuve de CT-Scan plus en détail et faire un électro-encéphalogramme. Les résultats détermineront si oui ou non je peux espérer reprendre le volant.

Décidément je suis un mec super chanceux /s.

Music Camp

L’Académie de Musique d’Orford propose pendant l’été des stages d’une semaine (ou plus) destinés aux musiciens de niveau universitaire âgés de 18 à 30 ans. Ces stages permettent de suivre des classes de maître (master classes) avec des professeurs confirmés, afin que les jeunes musiciens puissent améliorer la qualité de leur jeu en profitant des conseils avisés et de l’expérience de professionnels prestigieux.

La sélection se fait par audition : les candidats choisissent deux professeurs potentiels avec lesquels ils souhaitent participer, et ils envoient un CV et des enregistrements qui seront jugés pour aboutir soit à une acceptation, un refus, ou une mise en liste d’attente.

N’y croyant qu’à moitié (elle est encore à l’école secondaire et n’a pas de véritable expérience professionnelle) Manola a envoyé deux morceaux en février pour tenter sa chance.

Alors qu’on n’y pensait déjà plus, elle a reçu dimanche dernier un courriel lui annonçant qu’elle est acceptée !

La confiance de Manola est soudain remontée — petite bouffée d’air frais dans période difficile où elle doute beaucoup d’elle-même. Elle est d’autant plus fière que les auditions ne seront closes que le 6 avril prochain, ce qui signifie qu’elle a été sélectionnée un mois avant que les sélections ne soient terminées.

Franchement, on n’y croyait pas trop parce que ces derniers temps elle a consacré peu de temps à la musique, l’école lui prenant énormément de temps : les deux dernières années de secondaire sont assez chargées, et un bon dossier est important pour entrée à l’université, alors le piano était passé au second plan.

Voici ci-dessous les deux morceaux qu’elle a envoyé à Orford :

Le traitement de la dernière chance

(OK, le titre est un peu dramatique, je ne savais pas quoi mettre.)

Janvier 2017, c’est l’heure du bilan annuel. Et cette année il n’est pas très bon.

Ça avait bien commencé : j’allais bien dans ma tête, j’avais arrêté la psychothérapie et cessé de prendre des médicaments. Une vie normale, une vie banale dont j’appréciais le moindre moment, que je respirais à plein nez.

C’était trop beau pour durer

C’était trop beau pour durer. Après un peu plus d’un an de paix, la chute n’en fut que plus dure.

Je pense que l’actualité a joué un rôle important dans ma rechute, à coup de chocs successifs qui à chaque fois me rapprochaient du bord du précipice. La France a connu une succession d’incidents violents qui m’ont particulièrement touché. J’ai beau avoir eu une enfance de merde, je l’aime beaucoup la France où j’ai grandi. Alors je la suis de loin. Des fois avec envie, des fois avec tristesse, des fois avec une légère pointe de mépris dont je ne suis pas particulièrement fier. Mais je l’aime vraiment beaucoup.

Paris, Saint-Denis… Bruxelles (presque la France – quand j’étais môme j’y allais tous les week-ends parce que c’est là qu’était ma maman).

Trois des quatre villes dans lesquelles j’ai vécu des moments clefs de ma vie (si ça vous intéresse la quatrième c’est Strasbourg). Trois villes victimes d’attaques barbares.

Enfin bref, tout ça pour dire que malgré la distance – tant dans l’espace que dans le temps – je l’ai pris perso. Je ne m’en suis pas rendu compte sur le moment, mais en rétrospective je vois bien que ça m’a pas mal bouleversé.

c’est pervers, parce que comme c’est progressif, je ne m’en suis pas aperçu

On ajoutera à ça des petits heurts dans la vie quotidienne : le fait d’avoir une adolescente à gérer, que le plus jeune rencontre des difficultés d’apprentissage, qu’on doive se serrer la ceinture pour économiser de l’argent (voir plus bas pourquoi), le stress de l’école et des tests pour madame…

La tension a à chaque fois monté d’un cran, et c’est là que c’est pervers, parce que comme c’est progressif, je ne m’en suis pas aperçu. C’est un peu comme s’apercevoir d’un seul coup que sa petite fille n’est plus une petite fille : comme on la voit tous les jours, les changements sont imperceptibles.

Je me suis donc aperçu trop tard que quelque chose clochait, et ça a pété.

Docteur, médocs, thérapie : retour à la case départ. Et pour couronner le tout au boulot il y avait des travaux et il s’est passé quelque chose qui a provoqué un méchant flashback dont j’ai mis plus d’un mois à me remettre.

Ainsi, l’année 2016 qui s’annonçait plutôt bien au début, a rapidement mal tourné pour aller de mal en pis, et ce jusqu’au dernier jour.

Aujourd’hui j’ai beaucoup de mal à me concentrer, ma mémoire à court terme est détraquée (un peu comme Dory, le poisson de chez Disney), je fais des crises d’angoisse, et je dors trois à quatre heures pas nuit alors que j’ai besoin du double.

Je suis un peu désespéré, et comme je ne sais plus trop quoi faire pour améliorer mon sort, j’ai décidé de tenter un dernier traitement.

je serai hospitalisé pour une durée de deux mois dans un établissement de soins psychiatriques

Un traitement spécialisé dans le PTSD qui n’est donné que dans un seul établissement au Canada ; on a de la chance c’est pas loin de chez nous. Il coûte la peau des fesses et on va devoir utiliser toute notre capacité de crédit pour pouvoir le financer. Mais là j’en peux vraiment plus, il faut que je fasse quelque chose. Et puis mon médecin me dit que je dois voir ça comme un investissement sur mon avenir. Il n’a pas tort, parce que si je continue comme ça je vais finir par arrêter de travailler, alors que si je vais mieux à l’issue du traitement j’aurais la capacité de travailler dur pour le rembourser.

Donc c’est officiel, je suis inscrit à un traitement pour lequel je serai hospitalisé pour une durée de deux mois dans un établissement de soins psychiatriques. Ça a fait paniquer la grande qui pensait que je me faisais interner, mais j’ai dû la rassurer et lui faire comprendre que c’est moins effrayant que ça en a l’air : je ne serai pas retenu de force, c’est plutôt comme une cure de désintoxication (non pas qu’elle sache comment ça se passe, mais au moins je n’aurais pas droit à la camisole de force).

L’objectif de cet isolement c’est de pouvoir me consacrer à 100% à mon rétablissement en me détachant complètement du travail et de la famille. Je pense qu’il faut plutôt le considérer comme une retraite spirituelle, mais avec des psychologues et des psychiatres.

Ça va être dur, je le sais, mais j’ai hâte de commencer, j’y place beaucoup d’espoir.

La date de début est pour l’instant inconnue : ça peut être à tout moment, il y a une attente de deux à quatre mois. Ça nous donne un peu de temps (j’espère) pour mettre un peu d’argent de côté, car outre le coût du traitement en lui-même, il y a aussi un manque à gagner de deux mois qu’il va falloir combler…

Apologie de la glandouille

J’en suis arrivé au point où j’étais devenu incapable de travailler, et où j’avais même peur de faire une grosse bêtise au boulot.

J’ai pris quelques jours de congés.

Donc voilà, je me repose à la maison. Le but est de vraiment me re-po-ser : pas d’email boulot, pas de travaux de rénovation à la maison. Même pas d’interaction sociale. Repos complet, en mode ermite. Tout au plus, une petite escapade à la salle de sport. Tant que c’est pour m’occuper de moi, et rien que moi, ça va. Bon et les courses aussi, parce qu’il faut bien qu’on mange.

À part ça je mène ma vie tranquilou à la maison, pendant que les rejetons sont à l’école et que Madame est au boulot ou à l’école. Je n’essaie même pas de réfléchir, je fais des trucs cons comme passer une demi-journée à regarder des séries coréennes.

Le fait de ne rien foutre, mais absolument rien, fait retomber la tension. J’évite tout ce qui peut me contrarier ou me rendre nerveux.

Mon esprit est moins embrumé, l’anxiété a considérablement diminué. Les idées sont moins noires. Beaucoup moins noires.

En fait je devrais glander plus souvent : ça semble me faire du bien.

Ne foutez rien : c’est bien.