En tant que parents, nous avons été confrontés au choix des prénoms de nos enfants. Et lors de ces choix, il nous a fallu concilier les cultures de trois pays, à savoir la France où nous avons grandi, le Laos d’où est originaire Noey, et le Viet-Nam qui est mon pays d’origine.

Ainsi il nous a fallu préparer six prénoms à la naissance de chacun de nos deux enfants : trois prénoms féminins et trois prénoms masculins (nous n’avons pas voulu savoir le sexe de nos enfants avant l’accouchement), c’est à dire deux prénoms français, deux prénoms laotiens, deux prénoms vietnamiens.

Ensuite nous avons décidé de mettre comme premier prénom celui qui nous semblait sonner le mieux dans les trois langues. Nous appelons donc notre fille par son prénom laotien, et notre fils par son prénom français.

Il faut de plus savoir que selon les pays, l’ordre des noms et prénoms est différent : en France on met le prénom avant le nom dans la vie courante, mais parfois on inverse dans des circonstances plus officielles. Au Laos le prénom vient avant le nom, au Viet-Nam le patronyme vient toujours avant le prénom.

De plus au Laos, on n’appelle pas les gens par leur prénom : on utilise généralement un surnom. Quasiment tout le monde a un surnom, et il arrive parfois que l’on ne connaisse un proche que par ce surnom. Une fois Noey avait dû faire des démarches administratives pour une cousine, et elle s’est aperçue au moment de remplir un formulaire qu’elle ignorait l’état-civil de sa cousine !

D’ailleurs, Noey ne s’appelle pas Noey : c’est son surnom. C’est comme ça que tout le monde l’appelle, même si ça ne figure pas sur ses papiers d’identité.

Les surnoms laotiens ou thailandais (c’est presque la même langue alors ils sont mutuellement compréhensibles) sont souvent des mots d’une syllabe qui décrivent une caractéristique physique. Noey signifie « petite ». Des jumeaux peuvent être appelés Choi et Toui, ce qui signifie « mince » et « gros ». Parfois on utilise une syllabe du véritable prénom, ou parfois on utilise juste un mot qui décrit le sexe de l’enfant, comme Bak Ham ou I Mo que l’on pourrait traduire respectivement par « quéquette » et « zézette ». Bien que ce dernier exemple soit véridique (par exemple dans le film Ong Bak, l’un des personnages s’appelle Bak Ham Lé qui signifie quelque chose comme « quéquette bronzée » ) je ne pense pas que ça soit très conseillé pour un enfant qui grandira dans un environnement occidental, où ce genre de pratique n’est pas courante. Parfois les surnoms peuvent juste être des jeux de mots ou des trucs rigolos sans réelle signification. Noey me faisait part récemment de la lecture d’un blog où l’on décrivait deux jumeaux surnommés Play et Pause. Leurs parents devaient être d’avides amateurs de soap-operas thailandais en cassettes VHS…

Petite anecdote au sujet des noms de famille laotiens : ils sont presque toujours uniques, ce qui signifie que deux personnes portant le même patronyme ont de grandes chances d’être apparentées. Il existe toutefois des exceptions, car certains noms considérés comme prestigieux peuvent s’acheter pour se donner de l’importance, comme il était autrefois possible en France de se faire ajouter une particule moyennant finances.

En revanche chez les Vietnamiens il y a peu de patronymes : c’est le même système que chez les Chinois, avec d’ailleurs parfois des correspondances : Nguyen (viet) correspond à Yuan ou Ruan (chinois), Tran correspond à Chan, etc. Les noms de famille n’indiquent pas forcément une parenté commune car au fil des renversements de dynasties impériales et prises de pouvoir de seigneurs, il y avait des changements de noms en masse pour éviter de se faire égorger lors d’une opération d’annihilation de toute trace de la famille déchue… par conséquent, le fait qu’un Vietnamien sur sept se nomme Nguyen ne signifie pas qu’il soit descendant de la dynastie Nguyen. C’est d’ailleurs peu probable car les véritables descendants des Nguyen portent des noms différents, beaucoup moins courants.

Au Viet-Nam les prénoms sont souvent composés, et l’on appelle les gens par la deuxième partie de leur prénom. Si par exemple vous connaissez quelqu’un qui se prénomme Minh Quang, l’usage veut que vous l’appeliez Minh Quang ou Quang. Mais pas Minh. Parce que si ça se trouve son frère s’appelle aussi Minh Quelquechose, et tous ses cousins s’appellent également Minh Autrechose. D’ailleurs son père s’appelle peut-être lui aussi Minh Encoreautrechose. Et je n’ai pas pris ces exemples au hasard !!!

Bien que je me sois habitué à la manie occidentale d’utiliser la première partie de mon prénom comme diminutif, c’est une source de malentendus lorsque vous vous trouvez dans un contexte vietnamien.

Si vous rencontrez une personne d’origine vietnamienne qui s’appelle Nguyen Thi Kim, vous saurez que son nom de famille est Nguyen, que son prénom est Kim et que c’est une femme (le « Thi » est la marque d’un prénom féminin). Si ça avait été Nguyen Van Kim, on saurait que c’est un homme.

Vous appellerez donc cette personne Kim (en préfixant par la particule de politesse qui convient, selon le sexe, l’âge et le rang de la personne) mais en aucun cas Thi ou Van, parce que ça ne veut rien dire d’appeler quelqu’un ainsi. De plus écrire Thi Kim Nguyen, avec le nom de famille à la fin, ça fait vraiment très bizarre parce que c’est à l’envers. Évitez ça.

Les vietnamiens du Sud utilisent aussi des surnoms. Mais ce n’est pas aussi compliqué que chez les Lao/Thai. En fait c’est juste des numéros : on commence par « Deux » parce qu’un enfant ne peut pas être « Numéro Un » dans la hiérachie familiale (c’est la place réservée au père). Par exemple je me rappelle tous ces « Oncle Quatre » ou « Tante Trois » de mon enfance. Je ne les connaitrais jamais sous un autre nom. Et c’est ainsi que mes enfants appellent mon frère « Chu Ba », ce qui signifie « Oncle Trois ».

Pour nos propres enfants en revanche nous n’avons pas choisi de surnoms. Tout au plus appelons nous parfois Maxime « Max ». Pour Manola il n’y a pas de diminutif. S’il devait y en avoir un ce serait sûrement « La » ou « I La », mais je trouve que ça ne lui va pas.

Voilà, vous en savez un peu plus sur la façon de vous adresser à un Lao, un Thai ou un Viet. alors vous pourrez vous exercer la prochaine fois que vous en rencontrerez un :)