janv.05
Histoire d'eau
Vendredi 3 janvier, 23h55
Après 14 heures de route, nous sommes contents de retrouver la maison. Le retour au Canada s’est fait avec un peu d’appréhension car nous nous demandions s’il nous faudrait déblayer l’allée en arrivant. La bonne surprise c’est que la neige qui était au sol lorsque nous avons quitté la maison il y a deux semaines (sous la tempête) a miraculeusement fondu pendant notre absence, pour être remplacée par cinq centimètres de neige toute fraîche et toute légère.
Ouf !
Malgré les retrouvailles avec la neige, nous sommes bien contents de retourner au bercail. On décharge la voiture, les enfants se ruent vers leurs chambres respectives, et moi je remet le thermostat à une température douillette (l’avantage des maisons canadiennes c’est qu’en quelques minutes la douce chaleur circule dans toutes les pièces de la maison), et je descends au sous-sol pour sortir le chauffe-eau du mode “vacances” (véridique), et remettre l’eau en marche.
J’ouvre les vannes et… j’entends l’eau couler dans la salle de bain du sous-sol, attenante à la chaufferie.
« Tabarouette! » m’écrie-je (non je blague, en fait ça devait plutôt être un truc du genre « Putain, bordel ! ») en ouvrant la porte de ladite salle de bain : je pensais que j’avais laissé un robinet ouvert, mais en fait l’eau jaillissait du cadre supérieur de la fenêtre située au-dessus du lavabo ! Je me rue dans la chaufferie et coupe l’eau illico.
Raaah ! Mais c’est pas vrai ! Je veux faire pipi, prendre une douche et aller me coucher moi ! Et on est samedi, il est minuit et demi. Flûte de flûte !
Pis maintenant y’a de l’eau qui coule de l’applique du plafond de la salle de bain. C’est pas cool du tout.
Bon, je m’asseois et je réfléchis. Qu’est-ce qu’on fait dans ce cas ? Comment on trouve un plombier le week-end en pleine nuit ? Quelle est l’étendue des dégâts ? Comment je vais faire caca maintenant ? Et la vaisselle ? comment on fait la vaisselle, hein ?
C’est con, on en a tellement l’habitude qu’on ne se rend plus compte à quel point c’est magique d’avoir de l’eau qui coule quand on ouvre un robinet. Contrairement à Noey, moi je n’ai jamais eu à aller chercher de l’eau à la rivière et j’ai toujours considéré l’eau courante comme quelque chose de tout à fait naturel.
Je me saisis du combiné téléphonique. Bip bip bip, tut tut tut…. j’appelle la compagine d’assurance, parce que eux ils vont savoir qui envoyer à la maison. Pendant ce temps Noey finit d’essuyer l’eau… il ne semble pas y avoir de dégâts, et l’eau n’a pas eu le temps d’atteindre le parquet.
Samedi 4 janvier, 1h00
J’explique mon cas à la madame des assurances, et elle me dit qu’elle ouvre le dossier et qu’une compagnie locale va me rappeler d’ici une heure. Sauf que là il est déjà 1h30 du mat, alors je dis à la gentille madame que je préfère qu’on m’appelle à 8h00, parce que là je vais me coucher.
Samedi 4 janvier, 1h30
ZzzZZZzzzz !
Samedi 4 janvier, 8h05
Dring ! Dring ! Le téléphone sonne (c’est pas vrai il fait pas Dring ! Dring ! mais si je vous chante une chanson vous comprendrez pas que c’est le téléphone).
C’est les assurances, ils veulent confirmer mes coordonnées parce qu’ils arrivent bientôt, pour à la fois constater les dégâts et commencer les travaux. Euh… ouais ok, venez mais laissez moi le temps d’enfiler une robe de chambre quand même… Ah 10h00 ? Parfait.
Samedi 4 janvier, 10h00 pile
Ding ! Dong ! (Oui notre carillon fait vraiment Ding ! Dong !) C’est les messieurs des assurances et des travaux. Ils inspectent, ils cherchent l’origine de la fuite, ils mesurent l’humidité des murs avec des appareils magiques qui permettent de savoir s’il y a une fuite à travers les cloisons. Ils prennent des notes. Le monsieur des travaux me dit qu’il m’envoie ses gars d’ici deux heures.
Les dégâts sont très localisés, il semblerait qu’un tuyau ait pété à cause du gel, mais comme on a arrêté l’eau tout de suite on a évité la cata. J’ose pas imaginer si ça avait coulé comme ça pendant deux semaines… non vraiment, j’ose pas.
Deux heures plus tard un camion se gare devant la maison et deux gars sortent avec leur matos. Super sympas. Ils vont voir au sous-sol, ils cassent une partie du plafond en me rassurant : ils remettront tout neuf. Ils veulent ouvrir les endroits touchés par l’eau et dégager les tuyaux.
Ils ont localisé le trou dans la tuyauterie et ils installent leur machines pour assécher les lieux : d’ici 72 heures le sous-sol sera aussi aride que le désert de Gobi, Ils ont aussi mis du produit anti-moisissure (entièrement naturel et pas dangereux pour les enfants d’après eux), et comme nous avons agi rapidement ils me garantissent qu’il n’y a pratiquement aucune chance que ça moisisse.
Maintenant il me reste appeler le plombier pour qu’il répare ça. Le plombier passe une heure après mon appel et nous répare ça en me montrant qu’une partie de notre revêtement extérieur n’a plus d’isolation et qu’un courant d’air a provoqué le gel de la tuyauterie (les températures nocturnes ont joyeusement atteint les -10°C). Il me reste de la laine de verre dans le garage… que j’ai vite fait d’utiliser pour isoler au moins temporairement les parties exposées.
Voili voilà. Maintenant on a l’eau courante et la moitié du plafond de la salle de bain du sous-sol qui a été retirée. Il y a des ventilateurs et un humidificateur géants qui tournent depuis plus de deux jours, mais comme c’est dans le sous-sol on ne les entend pratiquement pas.
Samedi 4 janvier, 15h00
Ma n'atu sole Cchiù bello, oje ne'. O sole mio Sta 'nfronte a te! O sole O sole mio Sta 'nfronte a te! Sta 'nfronte a te!
Je chante sous la douche
Yippee !
Ce que je constate c’est que si en Amérique du Nord on doit tout payer au point d’avoir (souvent) l’impression de se faire arnaquer, au moins le service est rapide et efficace. Cette petite mésaventure me coûte 800$ canadiens, mais je m’estime heureux parce que les dégâts auraient pû s’avérer bien plus coûteux et provoquer une nuisance beaucoup plus importante.
En tout cas, le fait que les choses se soient réglées en moins d’une journée nous a permis de passer notre dimanche à Paris (Ontario), pour fêter les rois avec quelques amis francophones.
Le seul point vraiment embêtant c’est que du coup je ne me suis pas reposé depuis nos vacances (qui n’ont pas été de tout repos) et que je me sens crevé pour le retour au boulot…
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